Hamidou MSAIDIE
Masseur-kinésithérapeute
Fasciathérapeute
MDB

Contact

MON PARCOURS



MES RÉFÉRENCES



SÉANCES DÉCRYPTÉES



FASCIATHÉRAPIE



Bill T. Jones : une rencontre inoubliable


J'avais déjà eu deux fois l'opportunité de travailler avec Bill T. Jones : en 2002, puis en 2006. Mais même si ce furent deux expériences intéressantes, celle de la fin de l'année 2007 les surpasse largement et fait entrer ma rencontre avec ce merveilleux danseur dans la catégorie de celles qu'on n'oublie pas.

Ce fut une expérience très gratifiante pour moi, qui m'a pompé beaucoup d'énergie et demandé une concentration extrême. J'avais affaire à un athlète de haut niveau, d'ailleurs ancien coureur de 100 m, qui connaît parfaitement son corps, et qui, j'en suis convaincu, m'a fait beaucoup progresser.



Le témoignage de Bill T Jones
bill-t-jones-louvre

En 2002, mon cabinet était situé à Créteil, dans le Val-de-Marne, et c'est la Maison des Arts de la commune qui m'avait téléphoné pour que je vienne traiter le danseur-chrorégrahe Bill T. Jones et les autres danseurs qui se produisaient dans un spectacle appelé "Black Suzanne".

Trois jours de représentation. Nous étions à la veille de la deuxième. Le planning prévoyait une heure de soins pour Bill T. et vingt minutes pour chacun des cinq autres danseurs. Ceux-ci ont semblé satisfaits, car en me quittant, ils encourageaient le suivant à bien en profiter !

Quant à Bill T. Jones, quand je lui ai proposé de la fascia, bien qu'il se soit attendu à un soin traditionnel, il s'est contenté de me répondre : « Do your job. » (1). J'ai adapté le soin à la circonstance, c'est-à-dire qu'il allait monter sur scène peu après. Pas question, donc, d'un soin trop profond qui l'aurait ramolli. Après une heure de fascia, il s'est relevé, a fait son stretch, m'a remercié et il est parti. Impossible de dire si mon soin lui avait plu. J'ai assisté au spectacle des coulisses avant de rentrer chez moi.

Le lendemain, j'allais être éclairé. En me voyant, Bill T. Jones m'a désigné à son directeur artistique, Bjorn Gil Amelan : « It's him ! » (2). Bjorn m'a alors expliqué que, depuis la veille, Bill T. Jones lui avait beaucoup parlé de moi. J'étais rassuré. Que le grand Bill T. Jones ait apprécié mon travail m'intimidait car je connaissais son parcours avant même d'être kiné.

Quinze jours plus tard, Bjorn m'a recontacté pour des soins, car Bill T. Jones, qui passait par Paris, avait mal au dos. Je lui ai proposé de venir au cabinet, mais il a préféré que j'aille à l'appartement qu'il occupait. Là, Bill T. m'a fait un précieux compliment : il m'a dit qu'il apprenait beaucoup avec moi. J'ai compris qu'il apprenait sur son corps, sur le mouvement.

bill t jones herald tribunes Je l'ai revu en juillet 2006. J'avais renoué le contact avec son entourage pour lui demander l'autorisation d'utiliser son nom sur mon site internet. La démarche, évidente pour moi, l'avait stupéfié. En cet été 2006, donc, il donnait son spectacle « Another day, I bow down » à Vaison-la-Romaine, puis Lyon. Il m'a proposé de l'y rejoindre. J'ai vu Bill T. Jones à son hôtel dans l'après-midi, cinq heures avant qu'il ne monte sur scène. Ce qui me permettait d'effectuer un soin plus profond qu'à Créteil.

Bill T. Jones m'a salué en français et comme je lui disais qu'on se connaissait, il me répondit qu'il ne s'en souvenait pas. Je n'en fus pas vexé. Et j'ai bien fait, vous allez comprendre pourquoi. Car à la fin du soin, il m'a dit : « I do remember you now ! » (3) Il n'avait pas reconnu ma tête, mais mes doigts, si ! Moi aussi, je me souvenais de la spécificité de son corps. Je n'oublie pas les corps que je traite. Aucun.

On a parlé un peu et le soir, il m'a confié avoir pensé à moi pendant la représentation parce qu'il se sentait bien, léger.

Comme je suivais le calendrier de ses spectacles, je vois qu'en mars 2007, Il se produit de nouveau à Créteil. J'y vais, bien sûr, en me hâtant de rentrer de Manchester où je devais me rendre le même week-end. Après la représentation de « Blind Date », je vais bien sûr le saluer en coulisses. Et là, j'apprends qu'ils avaient essayé de me contacter, qu'ils avaient besoin de moi pour novembre. Ils avaient mal noté mon numéro ! Bill T. Jones m'explique qu'il va se produire au Louvre, invité par le peintre Anselm Kiefer.

Je note donc que je suis « mobilisé » du 9 au 24 novembre et décide de prendre quinze jours de congés pour me consacrer à cette mission enthousiasmante. La suite sera très professionnelle. Très vite, le Louvre prend contact avec moi. Après l'été, je reçois de l'équipe de Bill T. Jones le planning très précis des soins, le Louvre me demande si j'ai des requêtes particulières. Moi, je vais sur place pour voir dans quel espace et sur quelle surface il se produirait. En fait, il donnerait son spectacle « Walking The Line », un solo au cours duquel il parle, chante et danse, bien sûr, dans une des galeries du Musée. Une configuration particulière, une scène tout en longueur, d'un escalier à l'autre, avec le public sur les marches.


Je peux constater que Bill T. Jones devra danser sur du marbre, recouvert d'un tapis rouge glissant, ce qui sera gênant pour les appuis, sollicités par des mouvements avant-arrière et latéraux. Je vois aussi qu'il faudra que je lui donne suffisamment de mobilité, de flexibilité et d'élasticité pour lui permettre d'avoir des mouvements amples et de remplir cet espace si particulier.

Vient le mois de novembre. Je ne regrette pas d'avoir pris des congés, car la grève des transports ne me facilite pas la vie. J'ai à prodiguer des soins tous les jours, en fin de matinée ou l'après-midi, entre la répétition dans un studio et celle du Louvre. Je pense qu'il aurait aimé avoir des soins après la répétition du Louvre, vers minuit, mais il aurait fallu que je loge sur place !

Le 20 novembre, jour de la première représentation, je le traite en début d'après-midi. Je tente de le relaxer. Puis je le revois entre la répétition et le spectacle. Là, je fait quelque chose de plus dynamique, plus chaud. Je donne des soins dans le sens de ses mouvements, ce qui l'étonne. Mais j'avais vu des vidéos.

Le surlendemain, pour la deuxième, je donne des soins après la représentation, pas avant, car Bill T. Jones n'en éprouvait pas le besoin. Il connaît si bien son corps. Alors que pour la troisième .et dernière, il demande à être traité avant et après le spectacle.

Les autres soins, c'est à son hôtel que je les lui donnes. Pendant ces quinze jours, j'assiste à toutes les répétitions, toutes les représentations. Pour moi, c'était indispensable. Je peux ainsi détecter un début d'entorse. En revanche, l'organisation du Louvre ne veux pas que j'assiste à la « générale », la dernière répétition la veille de la première. Dommage. Car Bill T. Jones se coupe et je ne le sais que le lendemain. Si j'avais été là, j'aurais gagné beaucoup de temps pour le soigner. J'applique ce qu'on appelle une « double peau », que Bill T. Jones ne connaissait pas. Contrairement à un pansement classique, il reconstitue de la peau et l'avantage pour un danseur, c'est sa transparence.

Le spectacle est merveilleux. Grâce à lui, bien sûr, mais aussi à ceux qui lui sont associés : la chanteuse tibétaine Yungchen Lhamo, à qui je prodigue également des soins, le percussionniste français Florent Jodelet et le designer de lumières, français lui aussi, Robert Wierzel. Sans oublier Janet Wong, directrice artistique de la chorégraphie, et Kyle Maud, directrice de scène.

(1) Fais ton boulot.
(2) C'est lui.
(3) Je te reconnais maintenant.

Crédit photo : Andèle Dequier


A voir :



  Le témoignage du comédien Maurice Chevit


A découvrir :


  le site du chorégraphe Bill T Jones : www.billtjones.org