Hamidou MSAIDIE
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Entretien avec Hamidou Msaidié

Ton milieu social, familial, te prédisposait-il à cette carrière professionnelle ?

Vraiment pas ! Mon père était militaire de carrière. Même si l'armée française allait lui permettre, plus tard, de s'instruire davantage, il avait arrêté ses études aux Comores en 3ème. Et ma mère ne travaillait pas, comme on dit des femmes au foyer qui n'arrêtent pas une seconde. Quand je leur ai parlé de mon envie de devenir kinésithérapeute, ils ont ouvert des yeux ronds : le mot lui-même leur était inconnu.



Comment t'est venue l'idée, l'envie, de devenir kiné, puisque tu es passé par là avant d'évoluer vers l'ostéopathie et, plus tard, la fasciathérapie ?

En fait, ça s'est imposé à moi après une réflexion. J'étais en 3ème et je vivais à Berlin, où mon père était affecté en tant que militaire. Au départ, j'étais footballeur et je voulais devenir pro. Je parlais régulièrement de mon avenir avec mes parents. J'ai eu aussi, je me rappelle, une discussion avec un prof de maths. C'est pendant cette période de réflexion que je me suis blessé et que j'ai rencontré un kiné de l'armée. Il m'a parlé de son métier et ça m'a intéressé. Quand je suis revenu en France, j'ai continué à jouer au football, à Créteil précisément, mais je me suis vite rendu compte que pratiquer à un très bon niveau tout en poursuivant des études était incompatible. J'ai donc arrêté le foot pour assurer mes arrières et j'ai choisi la kinési en me souvenant de la conversation de Berlin. En fait, la première fois que j'avais entendu parler de ce métier, je devais avoir 10 ans et je suivais un match de Bordeaux à la télévision. Le commentateur avait parlé de « ma-sseur-ki-né-si-thé-ra-peu-te ». Le terme m'a paru venu d'une autre planète. Et je l'ai vu « guérir » sur la pelouse un joueur blessé avec une simple éponge. Un vrai magicien !



Quand tu as choisi d'arrêter le foot pour te consacrer à tes études, as-tu pensé qu'avec la kinési, tu pourrais côtoyer le haut niveau auquel tu espérais accéder en tant que joueur ?

Je pensais et je pense encore que j'avais les qualités pour joueur à un haut niveau. Mais j'ai constaté qu'il y avait du favoritisme, de la connivence, des blessés laissés de côté. Alors, en effet, j'ai estimé que ce haut niveau, je l'atteindrais par ce biais. En outre, c'était un cursus rapide qui s'offrait à moi. En trois ou quatre ans, je pouvais gagner ma vie. Ce fut donc un mélange de vocation et de raisonnement.



Comment as-tu découvert la fasciathérapie ?

Au club de football de l'US Créteil, à l'époque en D2, aujourd'hui en National, où j'exerçais en tant que masseur-kinésithérapeute. Après avoir été orienté par Michel Brohan (kinésithérapeute, ostéopathe actuel de l'équipe de France de football) dans la formation d'ostéopathie, c'est un professeur spécialiste, Alain Roux et son équipe qui m'ont fait prendre conscience de l'importance de la fasciathérapie dans leur traitement ostéopathique. Plus précisément, un joueur de l'US Créteil football, Sébastien Dallet, avait une entorse à une cheville. Nous avions, l'équipe médicale et moi-même, des difficultés à guérir sa blessure. Il a suivi un traitement en fasciathérapie auprès de Christian Courraud (fasciathérapeute du sport et enseignant au Collège International Méthode Danis Bois). La guérison a été immédiate. Cela a attisé ma curiosité pour connaître, comprendre, et apprendre cette technique de soins. Elle me donnait de nouvelles perspectives de traitement des sportifs de haut niveau.



Qu'est-ce qu'un fasciathérapeute peut apporter de plus qu'un kinésithérapeute ou un ostéopathe ?

Dans le milieu du sport, en plus du traitement classique de blessures diverses (osseuses, articulaires, musculaires, tendineuses, ligamentaires, viscérales et crâniennes), le fasciathérapeute dissipe le stress et la fatigue du corps. Il associe un traitement curatif, préventif (récupération, préparation) et un travail élémentaire du geste sportif (mouvement lent). Il apprend au sportif à avoir une meilleure perception de son corps, une meilleure gestion de l'effort et du repos. L'apport psychologique et pédagogique est dominant. Par cette approche, le sportif gagne en confiance, vide sa tête des tentions psychiques, comprend ses blessures et apprend à les éviter.



Quel sentiment éprouves-tu, aujourd'hui, quand un patient te dit que ton soin a été efficace ?

De la joie.



Et à l'inverse, que provoque chez toi l'échec, qui doit bien arriver parfois.

De la culpabilité. Enfin, j'exagère. Disons plutôt que je me remets en question. Je me dis qu'il y a certainement quelque chose que je n'ai pas fait dans les normes pour atteindre la guérison, qui est l'objectif.



Dans la fasciathérapie, il y a un aspect psychologique et les patients apprennent sur eux. Et toi ? Apprends-tu sur toi-même ?

Oui, énormément. Je rencontre des gens très différents par leur âge, leur milieu social, qui viennent d'horizons divers. Grâce à la communication avec eux, j'apprends à éviter certaines erreurs dans la vie. Je ne me nourris pas des autres, mais en allant au plus profond d'eux, je vais au plus profond de moi. Et ça me mène vers une certaine maturité, vers ce que je suis.



Quand tu vois quelqu'un pour la première fois, sais-tu d'emblée si ça va coller entre vous ?

(longue hésitation.) Pas forcément. Il arrive que ça ne colle pas, mais dans ce cas-là, je n'ai pas eu le temps de commencer le soin !



Mets-tu de l'affectif dans tes soins ? En d'autres termes, pourrais-tu traiter quelqu'un qui suscite de l'antipathie chez toi ?

Je pourrais, oui. Pour que le soin soit efficace, il faut tout de même un minimum. A moi de créer le lien. Car si l'antipathie persiste, le soin ne sera pas efficace. Disons que ce serait un vrai défi pour moi. Mais l'antipathie peut aussi venir du patient. Moi, j'ai déjà expérimenté le racisme anti-Noir. Un patient qui, arrivant au cabinet, s'étonne ouvertement auprès de moi que je ne sois pas le stagiaire. Et qui dit à la personne qui m'avait recommandé à lui : « Tu aurais pu me dire qu'il est Noir ! »



Avec quel type de patient te sens-tu le plus à l'aise ?

Je suis surtout le moins à l'aise avec les personnes qui communiquent peu. Mais j'ai une assez bonne capacité à m'adapter et à adapter mes traitements.


Quelle différence fais-tu entre le patient « ordinaire », celui qui pratique le sport et le sportif de haut niveau ?

Moi, je ne fais pas de différence. Je sais que les attentes sont exprimées différemment, mais je porte la même attention à tout le monde. Et puis, il ne faut pas se fier aux apparences : un jour, j'ai eu à traiter une fermière, qui ne réussissait plus à traire ses vaches. Eh bien ! je vous garantis qu'elle avait un physique de sportive de haut niveau.



Pourrais-tu te décrire en trois mots ?

Patient, travailleur, consciencieux.


Comment t'imagines-tu dans dix ans, vingt ans, trente ans ?

Je ne me suis pas posé la question. Je cherche le compromis entre vivre au jour le jour et me projeter dans des échéances plus lointaines. Je me vois toujours thérapeute, peut-être avec de nouvelles techniques. Je me vois aussi marié, avec des enfants. La vie de famille, l'équilibre familial je l'ai vu, je l'ai connu. Et l'essentiel, c'est ça.





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