C'est Patrick Lhermite, arbitre fraîchement retraité de la Ligue 1, qui
m'avait téléphoné : la DNA, la Direction Nationale de l'Arbitrage, me
proposait de m'occuper des arbitres allemands du match amical France-Grèce,
le 15 novembre 2006. Ma connaissance de la langue a dû jouer. Travailler au
Stade de France, sur un match international : quel honneur et quelle
chance !
Et aussi quelle responsabilité ! Mais ça, j'allais mesurer à quel
point au cours de la soirée. Après la traditionnelle et banale prise de
contact à l'hôtel, en fin d'après-midi, direction le stade où nous arrêtons
le programme.
L'arbitre central, Franz-Xaver Wack, souhaite me voir, mais
seulement quand il se sera échauffé sur le terrain. Ses deux assistants,
auxquels il laisse la priorité, déclinent l'offre de soins et rejoignent eux
aussi le terrain. Heureusement, Pascal Galibert, un Français, habituellement
assistant de Stéphane Bré, désigné quatrième arbitre pour ce France-Grèce,
me sauve du chômage technique : il souffre d'une douleur aux adducteurs et
d'un blocage au niveau de la hanche. Une séance de fascia lui permettra de
tenir son rôle, dont il n'imagine pas encore l'ampleur.
A son retour du
terrain, à une demi-heure du coup d'envoi, M. Wack m'apprend qu'il a pris un
coup de genou sur un mollet cinq jours plus tôt, pendant Werder Brême -
Dortmund ! Il a mal, souffre d'un hématome et me demande de faire un
miracle : lui permettre de diriger le dernier match international de sa
carrière. Une sorte de jubilé que lui offre sa fédération pour services
rendus. Comme à Pascal Galibert, je lui prodigue un soin de fascia. C'est ce
que je connais le mieux. Mais quand je libère l'arbitre allemand, je suis
inquiet. J'avais malheureusement raison de l'être. Pendant le match, assis
au premier rang de la tribune, je ne le lâche pas des yeux. Et vite, je
comprends que ça ne va pas. Il raccourcit ses diagonales et je ne suis pas
surpris quand il me glisse, en rentrant à la mi-temps : « J'arrête ».
Plus
tard, il justifiera sa décision avec beaucoup de dignité : « Je le fais pour
ma santé, pour les joueurs, qui n'ont pas à subir un arbitre blessé, et pour
le football ». C'est un de ses deux assistants qui prend le sifflet, tandis
que Pascal Galibert s'empare d'un drapeau de touche et que M. Wack enfile le
jogging du 4ème arbitre. Dire que j'ai culpabilisé serait inexact, même si
j'aurais préféré que mon soin permette à M. Wack de boucler son match. Ça
m'a contrarié et préoccupé, bien que sans le soin, je suis convaincu qu'il
ne serait pas allé jusqu'à la mi-temps. D'ailleurs, je vais prendre de ses
nouvelles, puisqu'après une période de repos, il envisageait de reprendre le
sifflet en Bundesliga fin janvier.
A voir :